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environ 30 minutes Trois femmes et une médaille retrouvée Comédie féminine en trois actes Histoire : Fanny, Anne et Karine ont un point commun : elles ont connu amoureusement l’écrivain, auteur de chansons, auteur pour le théâtre Théo avant sa célébrité et il a utilisé leurs histoires dans ses textes. Il doit recevoir, des mains du président de la République, la médaille des arts et des lettres. Les trois muses ont été invitées et se retrouvent dans un salon d’attente du ministère de la Culture. Trois personnages : Fanny, 43 ans Anne 40 ans Karine 45 ans. Durée : environ 30 minutes. Une discussion très amicale entre Fanny et Anne, installées dans de confortables fauteuils. Et habillées d’une manière disons décontractée et même cool. |
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Fanny : - Tu vois, si j’étais restée dans le bouddhisme, je n’aurais jamais découvert le rebirth. Anne : - Mais tu n’as pas l’impression que le rebirth n’est qu’une variante de principes bouddhistes, mis à la sauce occidentale ? Fanny : - La respiration consciente, c’est bien autre chose que le zen. Anne: - Pour l’instant, tout ce que tu m’as expliqué, j’ai l’impression de termes différents pour la même chose. Mais il est vrai que derrière la notion de zen on met tout et n’importe quoi ici. Fanny : Peut-être que pour toi, qui vis au cœur du bouddhisme, tu retrouves des similitudes mais ce que j’ai connu était très superficiel. Anne : - Entre Lille et Dharamsala, on peut comprendre que la vie soit différente, donc les motivations aussi. Entre Karine, très pomponnée. Karine : - Oh ! bonjour mesdames... je crois qu’on se connaît de vue sans jamais s’être rencontrées. Anne et Fanny se lèvent. Karine s’approche. Fanny : - Bonjour chère Karine (elles s’embrassent). Karine : - Bonjour Fanny. Anne : Bonjour Karine (elles s’embrassent). Karine : - Bonjour Anne. Fanny : - Alors, tu as aussi accepté de venir ! Karine : - Même s’il a répondu dans les médias qu’il ignorait mon invitation, je crois qu’il souhaite que l’on se reparle (Anne sourit et Karine s’en aperçoit). Ce n’est pas vrai ? Anne : Si tu es venue avec l’intention de lui parler, tu lui parleras sûrement . Karine : - C’est bizarre, j’ai l’impression de vous connaître... Théo a tellement mis de nos vies dans ses romans et pièces de théâtre. Fanny : - C’est toujours surprenant, la manière dont il traduit les choses. Tu te reconnais, toi, Anne, dans ton personnage ? Anne : Tu sais bien que mon personnage est un peu spécial, il m’a quand même cru morte durant ses vingt premiers livres. On s’est amusé, encore cette nuit, à relire certains des passages me concernant. Et c’est sûrement la force du roman de parfois tomber juste. Karine : - Tu... tu veux dire que tu étais avec Théo cette nuit ? Anne, en souriant : Depuis quelques semaines nous sommes plus proches qu’on ne l’a jamais été. Karine : - Tu veux dire que c’est la grande histoire d’Amour qu’il a fantasmée, celle que vous auriez vécu s’il ne t’avait pas cru morte ? Anne : Non... c’est sûrement... Théo m’avait conseillé de faire attention quand je répondrai aux journalistes, c’est un bon entraînement... c’est sûrement une conséquence de mon incapacité à mentir depuis que je suis sortie du brouillard. On s’était dit « c’est notre secret »... il sait que je repars, il sait que ma vie est là-bas et que la sienne est ici, enfin, en Occident. Karine : - Je ne crois pourtant pas s’il soit un homme occidental classique. Anne : Tu veux dire ? Karine : - Quand je l’ai vraiment connu, il vivait quand même comme un... sauvage. Oui, il faut dire le mot, dans un de ces taudis. Si vous aviez vu sa maison ! Quand j’ai vu les photos des journalistes qui t’ont retrouvée, dans ton abris à même le sol, ça m’a fait penser que vous devriez bien vous entendre, sur ce point-là. Anne : Les conditions matérielles n’ont rien à voir là dedans. Silence Fanny : - Ça t’avait vraiment choqué alors ! Karine : Pour une fois, il n’a pas exagéré. Il était même en dessous de la vérité. J’avais eu un haut le cœur, une envie de fuir. Je m’étais déjà interrogée en lisant sa pièce de théâtre où il décrivait l’arrivée d’un jeune couple dans un bordel monstre, je redoutais que le décor soit du vécu... Mais là... Comment peut-on vivre ainsi ? Fanny : - On vit partout. Karine, à Anne : - Tu vis vraiment comme sur les photos qu’on a vues ? Anne : Au village, là-bas, oui, comme tout le monde. Quand tu as des responsabilités, même simplement de Lama, quand tu montres la voie, tu ne vas pas vivre autrement que le reste de la population. Personne n’en aurait envie. Karine : - Mais pourquoi tu ne restes pas en France alors, tu pourrais y enseigner. En plus tu as la nationalité française. Et Théo maintenant a les moyens de t’offrir une maison décente. Anne : - Théo ne m’a pas posé la question, il sait. Comme il sait que je reviendrai parfois. Karine : - Et tu crois qu’il ira te voir ? Anne : - Il en a naturellement envie. Mais même venir à Paris, pour lui, c’est le bout du monde. Il a trouvé son équilibre dans le Quercy. Comme je l’ai trouvé là bas, comme Fanny à Madrid, je crois. Fanny : - Madrid, je ne sais pas si c’est un endroit aussi important que les vôtres. J’y vis depuis vingt ans, j’y ai un appartement mais tu sais je ne peux jamais y rester plus de deux ou trois ans consécutivement. Y’a eu l’Asie, y’a eu l’Afrique... c’est peut-être que je n’ai pas encore trouvé ce point d’équilibre. Ou que l’endroit où je vis n’est pas Essentiel pour moi. Mais c’est vrai que Théo s’y sent bien dans ce Quercy. Karine, à Anne : - Tu y es allée ?... pour voir... Anne : - Juste six jours. Fanny : - Et ça doit toujours être le bordel monstre qui a tant fait peur à Karine ! Anne : - C’est bien. Tu aimes bien y vivre aussi, d’après ce que m’a dit Théo. Fanny : - Il t’a raconté ! Anne : - Ça ne me choque pas que vous preniez du plaisir si vous en avez l’envie. Karine : - Ah car toi et Théo aussi ! Fanny : - Tu l’apprendras sûrement dans l’un de ses prochains livres, mais, pour nous, ce n’est qu’une manière d’avancer dans la connaissance du Tantra. Karine : - Tu crois au Tantra ? Fanny : - L’amour Tantra consiste à irriguer le cerveau puis l’ensemble du corps avec la jouissance sexuelle. Karine : - Si un jour je croise un homme dont le but n’est pas d’éjaculer, je me pencherai sur le sujet. Fanny : - Tu en as croisé un mais tu... (en souriant) Karine : - Ce n’est pas parce que ma vie sexuelle a été jetée en pâture, qu’il faut ne retenir que cela, et de toute manière j’assume, je refuse certaines choses. Donc le pays croit que je suis la seule de nous trois à avoir fait l’amour avec lui... et je suis uniquement la seule à l’avoir aimé avant qu’il soit connu. Fanny, en souriant : - Tu peux résumer ainsi ! Tu prépares un livre de souvenirs ? Karine : - Ne te moque pas de moi... Anne... puisqu’on est entre nous... Tu as vraiment eu le sida ? Anne : - Tu prépares vraiment un livre ! Karine : - Non mais j’ai du mal à croire qu’on puisse en guérir. Anne : - On ne guérit pas du Sida. Un jour peut-être il existera un médicament ou même mieux un vaccin... j’aide la recherche du mieux que je le peux, je suis à son service. Parfois un être réussit, en puisant en lui des forces qu’il ne pouvait pas imaginer avoir. Les scientifiques n’ont rien décelé en moi pouvant expliquer ce qui s’est passé. Le virus était là, plusieurs prises de sang l’ont confirmé et je me sentais vraiment très mal, au bout du rouleau, quand je suis partie. Karine : - Et avec quoi t’ont-ils sauvée ? Anne : - De la compassion. J’étais à l’agonie et aujourd’hui, il reste uniquement des anti-corps. Ce qui prouve qu’il y a bien eu. Mais ces anti-corps malheureusement n’aident pas la recherche. Karine : - Et pourtant tu ne crois toujours pas en Dieu ! Anne : - Je crois en la force de l’esprit. Je crois au présent. Je n’ai pas d’explication sur tout et ça me convient de vivre dans cette incertitude. Karine : - Et tu es vraiment sortie de la drogue ? Anne, en souriant : - Une ex junkie est toujours une junkie ! Karine : - On dit que l’on ne s’en sort jamais des drogues dures. Anne : - Disons donc simplement, que je ne consomme plus depuis lors et que je n’en ai plus l’envie. Karine : - Avec Théo... vous allez avoir un enfant ? Anne : - Le bouddhisme, même pour un Lama, n’exige pas d’abstinence sexuelle ! Je ne sais pas si c’est une conséquence de ce qui m’est arrivé ou si ce fut toujours ainsi... mais puisque c’est le sujet qui te semble le plus intéressant... je n’ai pas pris de pilule du lendemain... mais il serait étonnant que ce soit à mon âge que mon corps se décide pour la première fois à fabriquer un enfant. Karine : - Je peux te poser la même question, Fanny ? Fanny : - Je crois vraiment que tu veux écrire quelque chose, toi ! C’est un sujet qui fait vendre, maintenant, nos vies ! Le téléphone de Karine sonne. Karine, décroche : - Oui ma puce... Je t’avais dit de ne pas m’appeler, que je te raconterai tout... Non, ça n’est pas encore commencé... Non, ni lui ni le Président... Je suis avec Fanny et Anne, nous parlons de notre sujet préféré... Allez, je t’embrasse ma puce... Karine : - C’était ma fille. Fanny : - Juliette, toujours amoureuse de Théo ! Karine : - Elle n’a que 17 ans ! Qui t’a dit qu’elle est amoureuse de Théo ? Fanny : - Mon petit doigt ! Karine : - Elle ne l’a rencontré qu’une fois, au salon du livre... Le téléphone de la pièce sonne. Karine : - Décidément, c’est la minute des téléphones. Vous croyez qu’on doit décrocher ? Fanny, c’est toi la plus près ! Acte 2 Trois femmes et une médaille retrouvée. |